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    Procès de la famille Shafia

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    Procès de la famille Shafia

    Message par Incognito le Jeu 10 Nov 2011, 17:53

    (Kingston) «Chère Sahar, je ne sais pas ce que je vais faire si tu quittes cette maison un jour???? Je promets qu'avant de mourir, je vais faire en sorte que tous tes voeux se réalisent. Je souhaite qu'on ne soit jamais séparées. Best sisters»

    Ces phrases touchantes écrites par Geeti, une préadolescente en admiration devant sa grande soeur Sahar, sont devenues pièce numéro 811-1, au procès de leurs parents et de leur frère aîné, accusés de les avoir tuées pour une question d'honneur le 30 juin 2009 à Kingston, avec leur soeur aînée Zainab, et la première épouse de leur père, Rona.

    Une dizaine de jours après le début du procès pour quadruple meurtre à Kingston, de Mohammad Shafia, de son épouse Tooba, et de leur fils Hamed, La Presse trace un bref portrait des quatre femmes au destin tragique, à partir d'éléments dévoilés à ce jour au jury. Les informations proviennent notamment du discours d'ouverture de la procureure de la Couronne, Laurie Lacelle, et du journal personnel de Rona, dont La Presse a publié le portrait samedi. Ces faits restent à prouver. Les trois accusés se disent innocents.

    La musique à la mode, l'attirance pour les garçons, les fringues dernier cri, et surtout ce cher téléphone portable, sans lequel la vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue. En ce sens, la vie des trois soeurs Shafia, originaires d'Afghanistan, mais établies à Montréal avec leur famille depuis juin 2007, était semblable à celle de millions d'autres adolescentes.

    Mais derrière cet apparent libéralisme se dressaient les principes d'une application stricte de la doctrine islamique en vigueur à la maison: interdiction de fréquenter des garçons, port du hijab à partir d'un certain âge, mariages arrangés par les parents, polygamie du père et toute-puissance de celui-ci, soumission à l'autorité du grand frère en l'absence du paternel...

    Mais les parents pouvaient toujours parler, une fois sorties de la maison de Saint-Léonard, les filles n'en faisaient qu'à leur tête, tout en faisant quand même attention à ne pas se faire prendre, ou se faire dénoncer par un autre membre de la famille.

    Mais voilà, le 17 avril 2009, un grand tremblement de terre a ébranlé la famille Shafia. C'est le jour où l'aînée des sept enfants, Zainab, 19 ans, a fui le domicile familial de Saint-Léonard, pour se réfugier dans une maison pour femmes en difficulté. Le geste était si téméraire, que quatre des enfants Shafia, dont Sahar et Geeti, ont appelé le 9-1-1 par crainte de la réaction du père, qui s'apprêtait à revenir de Dubaï. Cet appel aurait malheureusement eu peu de conséquences, comme on le verra au cours du procès. Mais pour le moment, voici un bref portrait des trois soeurs Shafia.

    ZAINAB

    Née le 9 septembre 1989. Premier enfant de la famille Shafia. Morte à 19 ans.

    En 2008, alors qu'elle avait 18 ans, Zainab a fréquenté un garçon à l'insu de ses parents. Un jour, alors que toute la famille était absente, elle a invité le jeune homme à la maison. Hamed serait arrivé pratiquement sur leurs talons. À la demande de Zainab, le garçon est vite allé se cacher dans le garage. Mais Hamed l'a trouvé, et l'a mis dehors. Par la suite, Zainab aurait été retirée de l'école et confinée à la maison pendant près d'un an, selon le discours d'ouverture de la procureure de la Couronne.

    Le 1er mai 2009, à l'incitation de sa mère Tooba, Zainab a quitté la ressource pour femmes en difficulté où elle vivait depuis deux semaines, et est revenue à la maison. Sa mère lui aurait promis qu'elle pourrait se marier au jeune homme qu'elle fréquentait à ce moment. Le 18 mai, une cérémonie religieuse a en effet été organisée dans une mosquée. Le lendemain, c'était la fête de mariage dans un restaurant. Le garçon s'y est présenté seul, sans aucun membre de sa famille pour l'accompagner. Il faut dire que la famille du garçon était elle-même contre ce mariage.

    Tooba et Hamed ont fait comprendre à Zainab qu'elle s'apprêtait à commettre une grosse erreur. Zainab s'est laissée convaincre. Elle a dit au garçon que ce mariage affecterait la réputation de sa famille, et tous deux ont convenu d'annuler le mariage. Le même jour, des tractations ont été entreprises pour marier Zainab à un parent de Tooba. Pour Zainab, c'était le moyen de quitter la maison familiale, et elle a accepté. Le mariage devait avoir lieu assez rapidement, au début de l'été.

    «Zainab était pressée de rentrer à Montréal pour se marier,», a fait valoir Mohammad Shafia, lorsqu'il a été interrogé par un policier de Kingston, le 30 juin 2009, quelques heures après la découverte des corps dans l'écluse.

    Zainab se trouvait à la place du passager en avant dans la Nissan submergée. Elle flottait le dos au plafond.
    Rona et Sahar, photographiées à l'aide d'un téléphone... (Photo fournie par la cour) - image 2.0

    Agrandir

    Rona et Sahar, photographiées à l'aide d'un téléphone portable dans une chambre d'hôtel lors du périple à Niagara Falls, quelques jours avant leur mort tragique.

    Photo fournie par la cour

    SAHAR

    Née le 22 octobre 1991, troisième enfant de la famille Shafia. Morte à 17 ans.

    Quarante jours après avoir accouché de Sahar, sa mère, Tooba, l'a donnée en cadeau à Rona, première épouse stérile de Mohammad Shafia. «Tiens, elle est à toi. Tu vas t'en occuper», aurait dit Tooba.

    Rona était folle de joie.

    À Montréal, Sahar fréquentait une école de Saint-Léonard, et envisageait de devenir gynécologue. Elle avait un petit ami d'origine latino-américaine, qu'elle voyait secrètement. Sachant que ses parents seraient contre cette relation, elle envisageait de partir avec le garçon pour aller s'établir dans son pays à lui.

    Sahar s'était confiée à certains professeurs à l'école, au sujet de la violence à la maison et du manque de liberté. Ses parents l'empêchaient parfois de venir à l'école et cela pouvait durer des jours. Elle se plaignait aussi que parfois, elle se sentait bien seule à la maison, car personne ne lui parlait. À certains moments, Sahar paraissait suicidaire.

    Dans son journal, Rona raconte un de ces épisodes suicidaires, qui faisait suite à une querelle entre Sahar et sa mère Tooba, pour une question d'épluchage de patates. Fâchée que Sahar ait demandé à Geeti de lui apporter le sac de patates à éplucher, Tooba aurait vertement réprimandée Sahar, en lui disant qu'elle se servait des autres pour arriver à ses fins. Peu de temps après, Sahar a fait une mixture avec des comprimés pour purifier l'eau et l'a avalée. Affolée, Rona criait et se frappait elle-même en disant pourquoi tu as fait ça?

    Rona a noté dans son journal que Tooba lui a répondu:

    «Elle peut aller chez le diable. Laisse là se tuer.»

    Rona et Sahar ont développé des liens très serrés qui ont perduré. Lors de la découverte de la Nissan au fond de l'écluse, elles étaient assises côte à côte sur la banquette arrière.
    Geeti, la plus jeune des victimes.... (Photo fournie par la cour) - image 3.0

    Agrandir

    Geeti, la plus jeune des victimes.

    Photo fournie par la cour

    GEETI

    Née le 30 novembre 1995. Sixième enfant de la famille Shafia. Morte à 13 ans.

    Geeti la rebelle, qui défiait l'autorité, quelle qu'elle soit. Elle rentrait tard à la maison, s'est fait prendre à voler dans un magasin. À l'école, c'était la catastrophe. «Pas motivée, elle séchait des cours, si bien que lors du dernier semestre, elle a échoué trois des quatre matières enseignées. Il est aussi arrivé que les autorités de l'école la retournent à la maison, parce qu'elle portait des vêtements inappropriés et trop révélateurs.

    Geeti voulait quitter la maison familiale le plus vite possible. Elle demandait à être placée par la Direction de la protection de la jeunesse. Elle en avait fait part à un travailleur de la DPJ, à la police, et à l'école. Même sa mère Tooba était au courant et ne savait plus quoi faire avec cette enfant. Secrètement, Geeti planifiait aussi de partir avec Sahar quand celle-ci quitterait la maison.

    Geeti, la plus jeune des quatre victimes, flottait au-dessus de la place du conducteur dans la Nissan submergée. Son corps était entremêlé avec celui de sa soeur aînée, Zainab, a expliqué le policier plongeur qui a remonté les corps.

    http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/justice-et-faits-divers/201110/31/01-4462853-proces-shafia-vie-et-mort-de-trois-soeurs.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4464137_article_POS3

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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par Incognito le Jeu 10 Nov 2011, 18:04

    http://www2.macleans.ca/2011/11/04/house-rules/

    Un des meilleurs articles sur le sujet, bonne lecture

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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par jaco44 le Jeu 10 Nov 2011, 20:25

    Je regarde en fin de journee ce qui a ete dit au proces et ca Donne Froid dans le dos a chaque fois.

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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par Incognito le Ven 11 Nov 2011, 14:06

    À première vu, je ne voyais pas l'homme et les deux autres accusés comme le stéréotype d'extrémiste qu'on se fait souvent à l'idée... Une chose m'échappe encore: Pourquoi marier sa fille à un pakistanais est une aussi grosse disgrâce pour lui? Après tout, il y a vécu quelques années... C'est comme si je partais vivre aux États-Unis et que je refuserais tout mariage de mes enfants à un américain ou une américaine!

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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par jaco44 le Dim 13 Nov 2011, 09:12

    Le pauvre mohammad a ete insulte de voir que l'inspecteur a pris les mains de sa femme lors de l'interrogatoire de cette derniere.
    On s'en calise tu mon pouri?

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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par Sylvain Viger le Mar 15 Nov 2011, 00:12

    C'est incroyable ce que ce mohamarde a dit de ses filles après qu'elles soient mortes.


    Une bonne famille avec de belles valeurs coraniques...

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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par jaco44 le Mar 15 Nov 2011, 07:36

    L'islam est une religion de paix.

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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par Incognito le Jeu 24 Nov 2011, 18:50

    Le plus triste c'est qu'elles avaient été chercher des ressources.. et on a encore une fois laissé tombé l'affaire... Voilà le résultat.

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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par jaco44 le Jeu 24 Nov 2011, 23:44

    Il faut montrer des bleus,des yeux au berre noir....

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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par Sylvain Viger le Jeu 24 Nov 2011, 23:48

    Ça prend absolument des "esquimaux" comme dirait Claude Poirier.

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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par jaco44 le Jeu 24 Nov 2011, 23:56

    10-4

    windigo
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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par windigo le Ven 25 Nov 2011, 00:10

    Sylvain Viger a écrit:Ça prend absolument des "esquimaux" comme dirait Claude Poirier.



    Est-ce que tu es sérieux Claude Poirier a dit des « Esquimaux », parce qu'hier dans sa chronique avec Paul Houde , il (Poirier) en voulant décrire un accident d'auto, il a dit que le conducteur avait été « injecté » de l'auto. Impossible il n'a pas dit Esquimaux cela serait trop drôle, je sais que tu blagues probablement, mais j'ai un doute parce que Poirier aurait pu dire Esquimaux, en tout cas elle est bonne. jocolor



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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par Sylvain Viger le Ven 25 Nov 2011, 00:21

    Wink

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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par jaco44 le Ven 25 Nov 2011, 04:10

    Je suis certain qu'il a deja dit 'la victime eait couvere esquimauses.
    Je l'ecoute regulierement et je vais faire une liste de poirierisme.
    Il y a des mots que cet as de a communication est incapable de prononcer.
    Pas pour rien que ce talent brute etait porte parole d'un nettoyant a dentier.

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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par jaco44 le Ven 25 Nov 2011, 04:27

    Je vais oulier mon projet puisqu'apres verification j'en ai deja fait une liste exageree mais incomplete l'an pasee. Maudit epais.....pas poirier....moi! scratch

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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par Incognito le Mer 30 Nov 2011, 17:23

    le petit ami de Sahar

    http://www.cyberpresse.ca/actualites/dossiers/proces-shafia/201111/30/01-4473186-sahar-shafia-et-ricardo-sanchez-saimaient-a-la-vie-a-la-mort.php

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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par jaco44 le Dim 29 Jan 2012, 13:14

    C' est Noel.
    je crois un peu plus en la justice!
    Procès Shafia: les trois accusés coupables de meurtres prémédités

    Les jurés chargés de décider du sort des parents Shafia et de leurs fils ont tranché: Mohammad Shafia, Tooba Yahya et leur fils Hamed sont déclarés coupables de meurtres prémédités.

    Les jurés ont délibéré pendant 15 heures pour parvenir à ce verdict.

    Rappelons que Mohammad Shafia (59 ans), sa femme Tooba Yahya (42 ans) et leur fils Hamed (21 ans) étaient accusés des meurtres prémédités de leurs trois filles (soeurs pour Hamed), et de la première épouse de Mohammad. Zainab, 19 ans, Sahar, 17 ans, Geeti, 13 ans, et Rona, 53 ans, ont été trouvées noyées dans une Nissan au fond de l'écluse de Kingston Mills, le 30 juin 2009.

    Le juge Robert Maranger avait ouvert trois verdicts possibles pour chacun des accusés: coupable de meurtres prémédités, de meurtres non prémédités ou non coupable.

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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par Mini-fée le Dim 29 Jan 2012, 13:49



    Ma joie est à son comble !!!

    Incognito
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    Exclusif: Michèle Ouimet rencontre la soeur de Tooba Y. à Kaboul

    Message par Incognito le Dim 29 Jan 2012, 15:01



    Michèle Ouimet
    La Presse
    Tooba Yahya, femme de Mohammad Shafia, accusée d'avoir tué trois de ses filles et la première femme de son mari, a encore de la famille en Afghanistan. Une soeur, Soraya. Notre journaliste Michèle Ouimet l'a retrouvée à Kaboul au mois de novembre. Les deux soeurs ne s'étaient pas parlé depuis 20 ans. Grâce à notre intervention, elles ont pu se parler au téléphone, Soraya à Kaboul, Tooba en prison à Kingston. Une conversation crève-coeur, des retrouvailles déchirantes. Au moment où le jury vient d'être séquestré à Kingston pour délibérer, nous pouvons publier cette conversation. Voici l'histoire d'une famille où l'honneur passe avant tout.

    Soraya et Tooba se ressemblent comme deux gouttes d'eau: même teint mat, mêmes cheveux noirs, même nez aquilin.

    Jeunes, elles étaient inséparables. Tooba était la petite soeur de Soraya, sa préférée. Aujourd'hui, un océan les sépare. Soraya vit à Kaboul; Tooba, dans une prison à Kingston. Tooba et Soraya, chacune à un bout de la planète.

    Soraya voulait parler à Tooba, entendre sa voix. J'ai appelé à la prison de Kingston. En quelques jours, la conversation outre-mer s'est organisée: jeudi 1er décembre, 5h30 du matin à Kaboul, 20h la veille à Kingston.

    Le jour de l'appel, nous sommes arrivés à 5h chez Soraya après avoir traversé Kaboul. Soraya nous attendait, elle n'avait pas fermé l'oeil de la nuit. Elle était tendue, le visage crispé par l'attente. Elle tenait le téléphone à deux mains.

    Allô, ma chère soeur Tooba, c'est Soraya!

    Salut, ma soeur», a répondu Tooba.

    Puis elles ont pleuré. Longtemps. Elles étaient incapables de parler.

    Tooba a dit: «Je suis en prison depuis deux ans. On n'a pas beaucoup de temps, seulement 10 minutes. Tes enfants vont bien?»

    Plus tard, Soraya lui a dit: «J'espère que tu vas t'en sortir.» Tooba lui a répondu: «Oui, ma soeur, il y a des problèmes. Perdre trois filles et avoir péché trois fois.»

    La conversation a duré 8 minutes 47 secondes. Les deux soeurs ont pleuré la mort des filles de Tooba, leur désespoir, leurs retrouvailles crève-coeur et le silence qui les a séparées pendant 20 ans.

    Lorsque Soraya a raccroché, elle a fixé le sol en poussant un long soupir, puis elle a dit: «C'est très difficile de parler à une soeur après 20 ans, surtout quand elle est en prison.»

    Même si elle était bouleversée, Soraya nous a offert du thé. L'hospitalité afghane. Lorsque nous sommes partis, le soleil ne s'était pas encore levé. Pendant que l'auto filait dans les rues de Kaboul, la silhouette de Soraya disparaissait dans l'obscurité de la nuit.

    ***

    Trois jours plus tôt, j'avais passé la journée avec Soraya et sa famille.

    Dès que j'ai mis le pied dans sa maison, Soraya m'a demandé si j'avais des photos de Tooba. J'ai déballé l'ordinateur et les photos ont défilé: Tooba, menottes aux poignets, les traits crispés; son mari, Mohammad Shafia, le visage fermé, escorté par la police; leur fils aîné, Hamed, les yeux hagards, menotté lui aussi; les trois filles, quelques mois avant leur mort, habillées légèrement, maquillées lourdement.

    Soraya n'a pas dit un mot. Elle a pleuré et essuyé ses larmes avec son voile pendant que ses filles et ses fils fixaient l'écran, anéantis. L'atmosphère était tendue.

    Le mari de Soraya, Habibullah, est resté dans son coin. Il ne voulait pas voir les photos. Il n'a jamais aimé Mohammad Shafia. Il a même refusé d'aller à son mariage. Il adorait Tooba. «Shafia avait déjà une femme», a-t-il dit, la bouche marquée d'un pli amer.

    Soraya a essuyé ses yeux. Elle était sous le choc. Tooba, accusée de meurtre? Son frère, qui vit à Montréal, lui avait caché la vérité. Il lui avait dit que les trois filles de Tooba étaient mortes noyées, que c'était un accident. Jamais il n'a parlé de meurtre. Soraya n'a pas l'internet, et ses enfants ne savent pas comment utiliser un ordinateur. Les seuls échos du drame lui sont venus de son frère.


    Soraya vit dans le nord de Kaboul, à Khair Khana, un quartier populaire. Un troupeau de moutons traversait la rue qui menait chez elle, et la pluie avait transformé en boue la terre de la route. Un soleil pâle perçait les nuages, l'air était froid et humide. Il ne fait pas chaud à Kaboul, en novembre.

    La maison que loue Soraya est petite. Une porte en métal donne sur un garage mal éclairé. Des marches étroites grimpent à l'étage, où vit la famille. Soraya a neuf enfants, sept filles et deux garçons, âgés de 8 à 28 ans.

    Soraya a parlé de sa complicité avec Tooba. «On a grandi ensemble. Je l'amenais à l'école, on couchait dans la même chambre. Elle était timide et réservée, elle n'avait pas de côté sombre, caché. Au contraire, elle était ouverte.»

    Soraya avait 7 ans quand Tooba est née. Elles n'ont pas le même père.

    La mère de Soraya était veuve depuis quatre ans lorsqu'elle a rencontré le père de Tooba. Il était pharmacien, veuf et avait 12 enfants. La mère de Soraya, aussi pharmacienne, était également veuve. Elle avait quatre enfants. Ils se sont mariés - un mariage de raison, a précisé Soraya. «Il avait besoin d'une femme et ma mère, d'un mari.»

    Ils ont eu cinq autres enfants, dont Tooba, la petite dernière. Soraya l'a prise sous son aile.

    Le père de Tooba était un homme très religieux qui ne badinait pas avec l'honneur.

    C'était un homme bon, a dit Soraya. Il ne nous a jamais battus.»

    Dans le salon, les enfants de Soraya écoutent l'histoire de cette tante que les plus jeunes n'ont pas connue et qui est enfermée dans une prison au Canada. La pièce est surchauffée. Le mari de Soraya nourrit le poêle à bois qui trône dans un coin du salon, près de la télévision, où s'agitent des acteurs trop maquillés dans un drame imaginaire.

    Mais ici, dans cette pièce où s'entasse la famille de Soraya, le drame n'a rien d'imaginaire.

    Sur le poêle, une bouilloire - l'eau pour le thé. Par terre, des tapis et des coussins. Aucun meuble. Une faible lumière éclaire la pièce à travers des fenêtres étroites.

    Soraya et ses filles portent le voile. Pas la burqa. Jamais. «Sauf sous les talibans, a précisé Soraya. On n'avait pas le choix.»

    Soraya n'a pas fui Kaboul. Elle est restée pendant que les seigneurs de guerre détruisaient la ville à coups de roquettes, au début des années 90. Elle a subi le régime taliban, les bombardements américains et la présence des forces étrangères. Elle a même été blessée par un éclat de roquette qui s'est fiché dans sa tête. Mais elle est restée envers et contre tout dans son pays malmené par la guerre, car son mari ne voulait pas partir. Elle n'a pas fui comme des millions d'Afghans ou comme ses frères et soeurs, qui sont dispersés aux quatre coins du monde: Russie, Suède, Canada.

    ***

    Tooba avait 16 ans lorsqu'elle s'est mariée. C'est sa mère qui a choisi son mari, un homme très riche qui possédait un magasin de vêtements à Kaboul et une grande maison dans le quartier cossu de Wazir Akbar Khan. Il s'appelait Mohammad Shafia. Aujourd'hui, il est accusé d'avoir tué ses trois filles et sa première femme.

    Soraya ne l'a vu que deux fois. «C'était un homme très rigide», a-t-elle dit.

    Le mariage a été célébré au chic hôtel Intercontinental qui surplombe la ville, dans une grande salle qui croule sous les dorures, les tapis et les lustres. Soraya n'a oublié aucun détail. C'est elle qui tenait le bras de Tooba pendant la marche nuptiale.

    Elle a sorti ses photos et les a passées en revue à la recherche d'un souvenir de Tooba en mariée, mais elle n'a trouvé que deux clichés jaunis et écornés qui la montrait, elle, Soraya, jeune, les cheveux frisés, les yeux maquillés, les lèvres surchargées de rouge. Dans ses bras, ses deux premiers enfants. C'est tout ce qu'il lui restait des noces de Tooba.

    Après le mariage, tout a changé. «Tooba n'avait plus le droit de nous parler. Elle était tout le temps chez son mari. J'étais fâchée et ma mère était très inquiète.»

    Un an après son mariage, Tooba a quitté l'Afghanistan au bras de son mari. C'était il y a 20 ans. Soraya ne l'a jamais revue.

    ***

    Le soir, Soraya est revenue sur la mort des filles de Tooba, qu'elle n'a jamais connues. Elle les a pleurées. «C'était tellement dur. Pendant un mois, je ne savais plus qui j'étais.»

    Soraya a été scandalisée lorsque je lui ai montré les photos des filles, avec leurs décolletés plongeants et leurs jupes trop courtes. Elle ne comprend pas leur rejet des coutumes afghanes ni leur volonté de fréquenter des garçons. Elles ont bafoué l'honneur de la famille.

    Si on respecte l'honneur, il ne peut pas y avoir de problème», a affirmé Soraya.

    La fille aînée de Soraya, Farishta, a pincé les lèvres. Elle aussi désapprouve les filles de Tooba. «Elles n'ont pas respecté notre culture, nos traditions et notre religion.»

    Farishta, elle, respecte les traditions. Elle s'est mariée à 15 ans. Ses parents ont choisi son mari, un cousin éloigné qui avait 19 ans de plus qu'elle. Aujourd'hui, elle a 28 ans et quatre enfants.

    Soraya non plus n'a pas connu son mari avant de l'épouser. C'était un militaire qui vivait à Kandahar. Sa tante lui avait dit que c'était un homme bien. Il avait 27 ans et elle, 16.

    L'honneur, l'honneur à tout prix. «C'est très important, a dit Soraya. Si quelqu'un ne respecte pas l'honneur, il n'est rien.

    Peut-on tuer au nom de l'honneur? ai-je demandé.

    Oui, a répondu Soraya. Si quelqu'un commet un acte odieux, il mérite d'être éliminé.

    Les Afghans ont raison de tuer au nom de l'honneur, a ajouté le fils de Soraya, Hamed. Il faut à tout prix respecter l'honneur.»

    Hamed a 26 ans. Il vient de se marier. Sa jeune femme, discrète, n'a pas dit un mot.

    Le mari de Soraya, Habibullah, a été encore plus tranchant. C'est un homme de peu de mots, mais quand il s'agit de l'honneur, il parle. Si ses filles osaient bafouer son honneur, il n'hésiterait pas. «Je les mettrais dans un sac et je les éliminerais pour qu'on ne trouve plus jamais leurs traces en Afghanistan.»

    L'aînée, Farishta, l'a approuvé. Les autres filles ont regardé leur père en silence.

    La traduction des propos tenus en dari a été réalisée par un interprète, sur place, à Kaboul.

    Nous l'avons aussi fait vérifier par Versacom, une firme de traduction recommandée par l'Ordre des traducteurs du Québec, terminologues et interprètes agréés du Québec. De rares mots étaient difficilement audibles. Mais selon Versacom, la traduction de notre interprète, présent à l'entrevue, «devrait être considérée exacte».

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    Re: Procès de la famille Shafia

    Message par Incognito le Dim 29 Jan 2012, 15:02

    http://www.cyberpresse.ca/actualites/dossiers/proces-shafia/201201/27/01-4490285-proces-shafia-la-soeur-de-tooba-yahya-se-confie.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4490513_article_POS1

    En tout cas Michèle Ouimet est très courageuse.

      La date/heure actuelle est Dim 20 Mai 2012, 12:13